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07.05.2009
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Pour une juste articulation entre massification et démocratisation (L'Humanité)

Pour une juste articulation entre massification et démocratisation (L'Humanité)

Publié le 16/05/2009 à 21:28 par agaureps
POUR UNE JUSTE ARTICULATION ENTRE MASSIFICATION ET DEMOCRATISATION

Par Francis Daspe, secrétaire de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la Gauche Républicaine et Sociale - Prométhée), professeur agrégé d’Histoire-géographie au collège de Bazas (33).

Les coupes sombres effectuées sans discernement ces derniers mois dans l’Education nationale ont cristallisé la plupart des débats autour de l’Ecole sur l’épineuse et non moins cruciale question des moyens. Il s’agit d’une question que nous ne saurions minimiser, car chaque fois que l’on parle de moyens il convient de garder présent à l’esprit que cela se traduit concrètement sur le terrain par de l’humain retranché. Mais la situation a eu l’inconvénient d’occulter des débats de fond mettant en jeu les valeurs constitutives de l’institution scolaire. Au premier rang de celles-ci se situent indiscutablement les notions de massification et de démocratisation.

Avouons d’emblée qu’elles demeurent très largement obscures, y compris pour ceux qui les ressassent à longueur d’interventions, à tel point qu’une confusion de mauvais aloi a pu s’instaurer. Ces deux notions ne s’opposent ni ne se recoupent en totalité, leurs interactions étant éminemment complexes. C’est de leur articulation que dépendent en grande partie les orientations que l’on souhaite assigner au système éducatif français.

La confusion entre les deux notions entretient un certain nombre d’ambiguïtés et constitue une source de contresens préjudiciables. Confusion qui a parfois été la solution de facilité retenue par les différents gouvernants, la massification se substituant à bon compte à la démocratisation. La massification n’a de préoccupations que quantitatives, ses critères étant d’ordre purement comptable. On se gargarise alors hâtivement de pourcentages d’accession à un niveau donné ou de réussite à un examen, de taux de redoublements comprimés à l’excès en dépit de tout bon sens. Elle ouvre de ce fait la voie aux dérives les plus démagogiques conduisant aux renoncements les plus éhontés et aux illusions optiques d’une réussite en définitive purement factice. La démocratisation pour sa part se caractérise par la recherche d’objectifs qualificatifs ; elle vise à favoriser une plus grande mobilité sociale par la récompense et la promotion des mérites en s’évertuant à contrecarrer les formes si puissantes de reproduction des dominations sociales. Dans cette configuration, la massification s’éloigne notoirement de l’idéal de démocratisation pour en représenter l’antithèse. Elle conduit à la dévalorisation des diplômes scolaires, ouvrant par ce biais la voie à des méthodes de gestion d’essence libérale en ce qui concerne l’insertion dans le monde du travail. Elle favorise subrepticement le recours à des règles de recrutement en vigueur dans le privé, comme par exemple les entretiens d’embauche sensés être plus pertinents au détriment de la valeur des diplômes et des concours nationaux, ou la demande de périodes probatoires en préalable à la validation d’une embauche définitive. Les premiers font le lit des formes les plus insidieuses de discrimination à l’emploi comme l’ont mis en exergue les émeutes des banlieues de 2005, la seconde conforte la précarité des futurs salariés comme tendait à l’instaurer le contrat première embauche (CPE) contre lequel s’était mobilisée la jeunesse en 2006. La massification est par conséquent de plus en plus perçue à la fois comme un symptôme de la dégradation de l’ambition scolaire et de la négation de l’exigence de démocratisation.

Un usage à contre emploi de la massification se révèle donc contreproductif. Dès lors que l’on feint de les assimiler, ces deux notions révèlent une opposition frontale. C’est un piège dans lequel il faut se garder de tomber car cette vision des choses ne prend pas en compte la complexité de la réalité. Des complémentarités et des compatibilités existent et doivent au contraire être mises en lumière. Toute tentative de démocratisation passe nécessairement par un certain degré de massification. Toute forme de massification n’est pas obligatoirement déconnectée des impératifs de démocratisation. La massification n’est pas une fin en soi, mais doit se mettre au service de la seconde qui représente le dessein ultime de toute politique éducative progressiste. La massification, ou plus précisément une version dévoyée, a désormais mauvaise presse. Elle se joue aujourd’hui principalement dans le secondaire, au collège et au lycée. Elle est en effet étroitement associée à la réalité du collège unique mis en place par la réforme Haby de 1975 et à l’objectif fixé au milieu des années 1980 d’atteindre 80% d’une classe d’âge au niveau bac. Force est de constater que les résultats ne sont pas toujours très probants. La tentation est alors grande de jeter le bébé avec l’eau du bain et de disqualifier de la sorte toute entreprise de massification. Ce serait un erreur : ce n’est pas la massification en soi qui pose problème, mais les conditions dans lesquelles elle est conduite depuis plusieurs décennies. Une vague de massification a déjà eu lieu sans qu’elle ait réellement posée de complications insurmontables. C’est celle qui se réalisa au niveau du primaire au siècle passé : il s’agissait d’alphabétiser des générations entières d’enfants de paysans et d’ouvriers loin d’être acquises, elles aussi, aux codes véhiculés par l’école. Sa réussite, guère contestée, se fit sans anicroches. L’école de Jules Ferry, qu’il est de bon ton de railler en stigmatisant sa supposée date de péremption, y parvint plutôt bien et contribua à instaurer davantage de mobilité dans le corps social, même si les critiques formulées par la suite par Bourdieu étaient fondées. D’où la tentation paradoxale de certains « pédagogistes », pourtant féroces détracteurs de ce qu’ils nomment de manière péjorative l’école de la III° République, de revoir les ambitions et les exigences à la baisse en procédant à la « primarisation » du collège au motif que celui-ci aurait été conçu à l’origine comme un « petit lycée » élitiste et pour cela proclamé inadapté à l’afflux massif d’élèves auquel il a dû faire face. Dans ces conditions, les risques sont grands de promouvoir une réussite en trompe-l’œil. Le socle commun des connaissances et des compétences défini dans un sens minimaliste pour le collège en offre une illustration accomplie et significative. Les projets de réforme du lycée, par le degré de renoncement à transmettre des savoirs solides qu’ils induisent de facto, fournissent des sources légitimes d’inquiétude. Car rien en la matière ne peut être considéré comme définitivement acquis. C’est ainsi qu’on est en droit d’estimer à certains égards que la massification au niveau du primaire a été fortement ébréchée au vu des pourcentages élevés d’écoliers entrant en classe de Sixième sans maîtriser la lecture. Les possibilités de régressions ne sont nullement à écarter.

Il ne faut d’ailleurs pas s’y méprendre : ce débat recèle une forte connotation idéologique, au sens noble du terme. Il convient de ne pas verser dans une forme de candeur malvenue pour la circonstance. Ceux qui mettent en cause la massification ne le font pas forcément au motif que celle-ci aurait malheureusement divorcé dans la réalité des faits de l’impératif de démocratisation. Ils peuvent y voir une occasion inespérée de contourner l’obligation de mixité sociale qui leur apparaît comme une contrainte insupportable. La massification peut être taxée de beaucoup de travers, mais elle possède le mérite de constituer une digue, quoique très imparfaite, aux processus de ségrégation qui gangrènent l’Ecole en particulier, et plus largement la société. La droite conservatrice a éprouvé de grandes difficultés à accepter la massification pour ces motifs. De son côté, la droite libérale, c’est-à-dire autoproclamée moderne et résolument décomplexée, est en passe de s’en accommoder aisément. Ses gouvernements ont en effet découvert les gisements d’économies que la massification pouvait entraîner, car c’est la démocratisation seule qui exige la mobilisation de moyens accrus. L’émergence d’une école à deux vitesses sera habilement utilisée, par un art consommé de l’évitement social, afin de réduire les désagréments d’une mixité subie. La gauche s’est très vite résignée à présenter la massification comme un ersatz à une démocratisation apparemment insaisissable. Elle a préféré jeter un voile pudique sur ces insuffisances notoires ressenties pourtant de plein fouet par les praticiens du terrain. Il est vrai qu’un galimatias d’intentions généreuses n’a jamais tenu lieu de politique volontariste.

La massification est indispensable, mais pas à n’importe quel prix. Elle doit s’inscrire dans une perspective de démocratisation. Et l’utilisation du vocable « démographisation » comme synonyme de massification ne doit pas faire illusion par sa ressemblance phonétique avec démocratisation. Le risque est pourtant grand de conduire à une dilution de l’exigence scolaire qui doit être préservée de toute dérive tendant à se satisfaire d’une réussite factice dans le seul but d’acheter une paix sociale chimérique car fondée sur la résignation. Sans s’engager dans la polémique trop souvent stérile du niveau qui monte ou qui baisse, c’est seulement par une élévation réelle des exigences que la massification pourra être un levier de démocratisation. N’oublions jamais qu’une complaisance excessive et un défaut d’exigences favorisent de manière outrancière les rentes de situation des héritiers pour qui valider un statut social envié par l’obtention d’un diplôme acquis au moindre coût est une procédure relevant du jeu d’enfant. Par les autres d’extraction plus modeste, la réussite se révèlera être au final factice.

L’urgence se situe au collège. S’il est souvent présenté comme le maillon faible du système éducatif français, c’est précisément parce qu’il est confronté au premier chef par les effets dévastateurs d’une massification mal maîtrisée et détournée de sa raison d’être. Et ce d’autant plus que les mesures préconisées ont procédé d’un malentendu funeste. Le collège unique a besoin de diversification, et non pas d’uniformisation. Or les décisions prises ces dernières années au nom de la diversification n’ont fait que renforcer son uniformisation : ce fut le cas des itinéraires de découverte ou de l’apprentissage à 14 ans qui se sont accompagnés de la suppression concomitante des structures dérogatoires oxygénantes mais dont le seul défaut était de demander des moyens horaires supplémentaires. C’est de cette manière que le collège unique s’est progressivement transformé en voie unique du collège unique.

C’est dans l’équilibre entre ces deux notions que résident les enjeux les plus cruciaux relatifs à la question scolaire. Elles mettent en jeu des questionnements que nous ne saurions éluder au motif qu’ils apparaissent comme trop techniques et relevant de ce fait du ressort exclusif de spécialistes. Il s’agit désormais de gagner le pari de la massification en liaison avec la démocratisation, et non de l’une contre l’autre comme cela a trop souvent été le cas. Pour ce faire, deux écueils symétriques sont à éviter : la fuite en avant même parée des meilleures intentions, la tentation rétrograde même maquillée des oripeaux de la remise en ordre de bon sens. Et cela réclame de la volonté et des moyens dont on peut craindre que tous les deux fassent défaut.

Une version réduite de ce texte a été publiée en tribune dans L’Humanité de samedi 30 août 2008 sous le titre « L’école doit être pour tous et pour chacun »